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Connaissance de

Sainte Sigolène

 

 

    Nous vous proposons de retrouver ici, dans ses grandes lignes, l’histoire de sainte Sigolène et du monastère qu’elle fonda à Lagrave (Tarn) au lieu-dit Troclar, au cours du VII° s.

            Nous adopterons le plan suivant :

 

1 - le site.

2 - un peu d’histoire.

3 - l’institution de la vie monastique (ou monachisme).

         a) les moines.

         b) les moniales.

         c) conséquences

 4 - les écrits concernant la vie (vita) de sainte Sigolène.

 5 - sainte Sigolène et sa famille.

6 -  le monastère de sainte Sigolène.

 7 - le culte de sainte Sigolène ;

         d) en France.

         e) au Portugal.

8 -  les reliques.

 9 - les apports de l’archéologie (résumé succinct).

10- hypothèses sur la chronologie de l’existence du monastère.

 

 

1 - Le Site :

 

           Dans le département du Tarn, à mi-distance des villes de Gaillac et Albi, rive gauche du Tarn, on aperçoit dans la plaine le village de Lagrave et son clocher pris dans la géométrie du vignoble local. Le village domine une boucle du Tarn ainsi que l’embouchure du ruisseau de la Saudronne. Entre les deux cours d’eau, la basse terrasse alluvionnaire et graveleuse découpe une presqu’île dont l’extrémité sud est forme le tènement de Troclar. C’est en ce lieu que la tradition orale, confortée par la mise au jour de vestiges antiques au début du XIX° s. situe le monastère de moniales que fonda sainte Sigolène vers le début du VII° s., monastère dont elle fut l’abbesse jusqu'à la moitié du VII° s.

 

2 - Un peu d’histoire :

 

            Ce fut de l’Orient Grec que le christianisme s’introduisit en Gaule car les relations avec les régions éloignées de l’empire romain étaient fréquentes. Les routes, nombreuses et bien entretenues, facilitaient les communications. Sur les côtes de Provence et même en remontant le Rhône, des marchands Grecs, Syriens, Asiatiques, affluaient, apportant de leur pays des produits rares et recherchés.

             Au I° ou II° siècle, venu de régions où prospéraient des Eglises fondées par saint Paul, quelques-uns uns de ces étrangers durent introduire le christianisme. La nouvelle foi se propagea de ville en ville et au cours du II° s. des communautés chrétiennes existaient à Vienne et à Lyon. Dans une lettre adressée à leurs frères d’Asie et de Phrygée, les serviteurs du Christ de Vienne et de Lyon racontent les persécutions dont ils sont victimes sous le règne de Marc Aurèle. Ce document est le plus ancien et certain sur l’histoire du christianisme en Gaule. Il atteste des relations entre les communautés chrétiennes de la vallée du Rhône et les Eglises d’Asie.

              Dans toute la Gaule existaient, par-ci par-là, des Eglises fondées  dans les provinces romaines de Germanie et de la Celtique.

              Grégoire de Tours nous apprend que sous le règne de Dèce1  sept hommes ordonnés évêques furent envoyés en Gaule pour prêcher la foi chrétienne : à Tours, Gatien ; à Arles, Trophène ; à Toulouse, Saturnin ; à Paris, Denis ; chez les Arvennes, Autremoine ; à Limoges, Martial. Presque tous ces évêques furent martyrisés : Saturnin attaché aux pattes d’un taureau furieux précipité des marches du capitole de Toulouse ; saint Denis décapité...... Tout ce qui concerne l’évangélisation au III° s. est assez imprécis. Seule l’existence de plusieurs évêchés est  attestée en Provence, à Arles, Marseille, Vaison, Nice, Orange, Apt.

         Il n’en est pas de même pour l’Aquitaine où rien n’est assuré avant le IV° s. En 314 existent les évêchés de Bordeaux, Eauze, Gabales.

       Lorsque Dioclétien et Galère entreprirent, au début du IV° s., une guerre d’extermination contre le christianisme, les fidèles de Gaule jouirent d’un calme relatif car Constance Chlore qui exerçait le pouvoir impérial était un esprit modéré et un administrateur habile. C’est son fils, Constantin, qui en 312 se déclarait l’allié et le protecteur des chrétiens. A l’origine le clergé est groupé dans la ville, mais, à mesure, mais, à mesure que le christianisme se répand dans les campagnes, l’église y organise le culte. Des églises, des oratoires, s’élèvent dans les centres de population rurale, vici, parfois dans le domaine de grands propriétaires, villae, sur l’emplacement d’un sanctuaire païen ou sur le tombeau d’un saint martyr. Les évêques en y plaçant des prêtres forment çà et là des paroisses, organisation qui se complétera et se régularisera dans le cours des siècles suivants.

     Chaque circonscription épiscopale, avec son chef, ses clercs, ses biens, forme comme un petit état mais des liens de confédération unissent ces circonscriptions les unes aux autres.

 

3 - L’institution de la vie monastique ( ou monachisme ).

 

a)  - Les Moines :

     Mêlé de près au monde, une relative corruption du clergé était inévitable. De nombreuses âmes pieuses pensèrent que le chrétien ne pouvait se défendre du mal qu’en s’isolant de la société, en renonçant aux biens terrestres, sans entrer dans le clergé proprement dit : ! de là le monachisme. Né en Egypte, il est introduit en Gaule au milieu du IV° s. A Trèves une association d’ascètes existe dès 386.

     Cassien, après avoir visité les couvents fameux de l’Orient, fonde au commencement du V° s. deux monastères à Marseille : l’un d’hommes, celui de Saint Victor, l’autre de  femmes. Il écrit vers 417 son traité des institutions monastiques où il adapte les règles du monachisme à l’usage des Gaulois.

 

a)  - Les Moniales :

      Le goût de la vie religieuse se répandit chez les femmes, chez les jeunes filles qui voulaient, à l’instar des vierges sages, avoir le Christ pour époux. De nombreux monastères de femmes se fondent. En 506, le concile d’Agde déclare qu’on ne doit point en établir dans le voisinage de monastères d’hommes pour éviter les embûches du diable.

 

a)  - Conséquences :

      Au début du V° s. les couvents se multiplient en Gaule, la couvrant et créant autour d’eux des villages.

      Le lieu où vécut sainte Sigolène 2  est matérialisé par une pile édifiée vers 1819, par l’abbé Calmès, affin de perpétuer l’emplacement de l’église et du monastère de Sainte Sigolène. Les archives diocésaines ne mentionnent pas la  pile mais détiennent une lettre dans laquelle les paroissiens de ” Lagrave appuient auprès de l’archevêque le souhait de l’abbé Calmès de construire une chapelle à la gloire de sainte Sigolène, à l’emplacement de l’église détruite.

 

 

4 - Les écrits concernant la vie (vita) de sainte Sigolène :

       Nous connaissons sainte Sigolène grâce au récit que nous a laissé un auteur anonyme d’une “ Vita ” faite d’emprunts, habilement agencés les uns aux autres, à la littérature hagiographique, abondante à cette époque.

      Issue d’un manuscrit de l’abbaye de Moissac dans le Tarn et Garonne, ce premier récit de la vie de sainte Sigolène par un moine de Troclar se disant son contemporain, fut publié par Mabillon 3  au  XVII° s., reproduit dans les Acta Sanctorum T.31 pp 630—37. Le récit emprunte à la vie de saint Colomban écrite en 643 et a servi au biographe de saint Wandrille aux environs de 700. Sa rédaction se situe entre ces deux dates. On peut en déduire, sans trop d’erreur, que sainte Sigolène a fondé son monastère à Troclar dans la première moitié du VII° s. Il en résulte que nous pouvons fixer sa mort plus près de 640 que 670. Cela détruit la thèse selon laquelle sainte Sigolène aurait été une sœur de Sigisbald, évêque de Metz, mort en 741, ce qui faisait mourir la moniale au VIII° s. Sainte Sigolène serait ainsi la contemporaine de saint Didier, évêque de Cahors entre 630 et 654, originaire comme elle d’Albi. Prétendre comme l’a fait en 1995 le frère Vincent Ferras, moine d’en Calcat, que sainte Sigolène serait née entre le VI° et le XI° s., serait ignorer les travaux les plus fondés, tels ceux de Levison 4  en 1910.

      Depuis le dernier quart du XIX° s. et jusqu'à nos jours, de nombreux chercheurs se sont penchés sur la “ vie ” de sainte Sigolène.

      Hippolyte Crozes 5  en 1865, mentionne pour Lagrave : au-dessous du village, restes de l’église du monastère de sainte Sigolène, connu sous le nom de Troclar.....

      En 1885, l’abbé Bosia de Mendrisio, publie : ‘ Les temps Mérovingiens - sainte Sigolène fondatrice et première abbesse du monastère de Troclar en Albigeois’. Sa publication est basée sur la vie de sainte Sigolène dont il fournira traduction en Français et relate au travers de notes d’archives les événements du VII° au XIX° s. Elle a le mérite d’avoir conservé les traces d’archives départementales aujourd’hui disparues.

     Comme nous l’avons déjà dit, le même texte fut étudié par l’allemand Levison et les résultats publiés en 1910. Il démontre, en raison des données chronologiques de la vie, que sainte Sigolène a vécu entre 620 et 670, faisant référence aux emprunts effectués à la vie d’autres saints tel Colomban et servant de modèle à d’autres comme saint Wandrille.

     Il démontre les “ emprunts ” aux vies de :

-  Saint Colomban : considérations philosophiques et formules d’humilité.

- Saint Germain d’Auxerre et sainte Radegonde : jeunesse et mariage de sainte Sigolène.

- Sainte Mélanie : renoncement au mariage.

- Sainte Mélanie et sainte Radegonde : la nouvelle vie.

      L’abbé Jean Rivière 6  en 1915, fait un long compte rendu des travaux fondamentaux de Levison.

     Dans la deuxième moitié du XIX° s. un prêtre archéologue, Caraven Cachin, mentionne dans son rapport archéologique à Mgr Fonteneau, les découvertes ayant eu lieu après la mise en culture des terres ayant appartenu au monastère ( sarcophages, chapiteaux, céramiques, outils en fer et en bronze...). Il nous apprend que vers 1815 un dénommé Cavaillé découvrit dans la fontaine Sainte Sigolène des monnaies gauloises et gallo-romaines dont il fait la description (fontaine réputée, encore récemment, pour, guérir certaines maladies des yeux). Par ailleurs les archives nous indiquent que l’abbé Calmès, curé de la paroisse de Lagrave, fit ériger aux environs de 1820 une pile, colonne monumentale, confectionnée à l’aide des vestiges de bâtiments ruinés affin de perpétuer l’emplacement de l’église et du monastère de Sainte Sigolène.  Sur la pile une plaque de grès rose mentionne : ‘ Ici vécut et mourut sainte Sigolène, veuve d’Albi, dans son monastère de Troclar au milieu du VII° s. et provient d’un bâtiment plus ancien. Sa facture et sa calligraphie le prouvent.

     Graus Frantiseck, en 1965, présente une étude hagiographique des Mérovingiens. Il montre que l’auteur de la vie, même quand il utilise des textes préexistants comme la vie de sainte Radegonde, ne se limite pas à des emprunts purs et simples et fait preuve d’esprit créateur.

     Ebling Horst 9 en 1974, s’attache à démontrer la parenté de sainte Sigolène. Le nom de Babo, frère de sainte Sigolène, évoque une série de grands personnages portant le nom voisin de Bobo. Un duc associé au duc Didier, fils de Mummolène et envoyé du roi en Espagne en 584. Un trésorier de Clotaire II, et surtout, un duc Austrasien d’Auvergne, mentionné en 641. Il est mentionné un Bobus, généreux donateur, bienfaiteur de l’église de Cahors, mais le biographe de Didier ne précise ni d’où il est, ni quels domaines il lègue. Il est probablement originaire d’Albi car il est cité dans une liste des donateurs dont les villae se trouvent dans cette région. Ce personnage de la noblesse locale pourrait ne faire qu’une seule et même personne avec Babo, frère de sainte Sigolène, qualifié de “ duc d’Albi ”, enfin un autre aristocrate d’Austrasie, proche de Grimoald à l’époque de Sigibert III. Sainte Sigolène pourrait être issue de cette famille solidement ancrée dans le Midi. On trouve, en 616, un Sigolénus, vir illuster, parent de Berthram, évêque du Mans et possessionné en Saintonge. Il a peut avoir été référendaire de Clotaire II. Un autre Sigolénus, aussi vir illuster, est mentionné à la fin du VII° s.

      Plus près de nous, l’abbé Robert Cabié professeur à la Faculté de Théologie de Toulouse, a réalisé une remarquable étude 12 basée sur une analyse critique des textes connus. Il s’en dégage deux faits importants, un profil sommaire de la vie de sainte Sigolène et une étude très serrée des lieux où elle vécut.

     Monsieur Louis Biget, professeur à l’école normale supérieure à Paris, mentionne dans “ Histoire d’Albi ” : la vie de sainte Sigolène serait rédigée vers 680......

     L’abbé Bernard Desprat, archiviste du diocèse d’Albi, publie en 1994 13 “ Sainte Sigolène, rayonnement de son culte ”, et plus spécialement au Portugal.

     Isabelle Réal, en décembre 1996, au colloque 14 de l’Université des sciences sociales de Toulouse Mirail, présente dans son intervention sur les familles aristocratiques de l’Albigeois la famille de sainte Sigolène.

      De toutes les études il ressort une unanimité affirmant que la vie de  sainte Sigolène est faite d’emprunts habilement agencés avec ce que nous connaissons d’elle et la vie d’autres saints nés en Gaule et dont les panégyriques sont parfois semblables et répétitifs. Par ces emprunts, l’auteur de la  vie donne des indications précieuses. L’historien a donc écrit son récit dans la seconde moitié du VII° s. Cette analyse confirme la datation de M. Louis Biget. L’on peut donc estimer, sans trop d’erreur, que sainte Sigolène a fondé le monastère de Troclar dans la première moitié du VII° s.

 

5 - Sainte Sigolène et sa famille :

     La vie de sainte Sigolène, l’histoire, les archives, permettent de cerner ce qu’a été la vie à Troclar du VII° au XIV° s. date de la disparition de toute vie conventuelle sur le site. La famille de sainte Sigolène porte des noms Germaniques qui témoignent de ses origines Franques. Son implantation est relativement récente, elle a sans doute été envoyée par les souverains Francs d’Austrasie pour contrôler une zone sensible. Sainte Sigolène est en effet née à Albi, dans une très noble famille. Son père s’appelle Chramsicus, parfois aussi nommé Chramsice. Elle est mariée à l’âge de douze ans à un noble Albigeois, un certain Gislulfus. Dix années plus tard la voilà veuve, riche, elle possède au moins dix maisons à Albi, jeune encore, 22 ans, et pourtant décidée à quitter le siècle en prenant le voile. Ne pouvant s’opposer à ses désirs, son père l’installe dans une de ses propriétés, Troclar, à 15 kilomètres en aval d’Albi, où il décide d’édifier un monastère. Ceci accompli, une communauté de moniales se constitue, dirigée par les soins de sainte Sigolène. Cette dernière montre l’exemple en pratiquant l’ascèse, nourrissant les pauvres, soignant les malades et délivrant les possédés. Elle n’est pas pour autant recluse, loin du monde, et reçoit fréquemment ses proches. Son père semble habiter à côté du monastère car il intervient à plusieurs reprises à l’occasion de guérisons miraculeuses. Son frère, Sigisvald, présenté comme évêque, lui rend visite deux fois ; un autre frère, Gisload, abbé de son état, vient assister à la fête de Noël ; enfin un troisième, Babo, duc de l’Albigeois, est présent à Troclar à l’occasion des litanies. Cette famille a su faire parler d’elle au VII° s. C’est au travers de la vie que nous connaissons ce lignage. Elle nous montre les descendants de la sainte cherchant par ce moyen à renforcer leur prestige.. La biographie, au milieu des éloges convenus faits à la sainte prend soin de mentionner tous les hommes de la famille en insistant sur l’importance de leur rang et de leurs fonctions.

      La présence de ces quatre hommes qui encadrent de près Sigolène confirme  que Troclar est une affaire familiale destinée à servir les intérêts politiques de ses fondateurs. Ces derniers cherchent à s’implanter et à étendre leur zone d’influence en utilisant ce merveilleux instrument qu’est la vie d’un saint.

     D’autres indices confirment d’ailleurs les activités politiques de cette famille : les noms mentionnés dans la vie rappellent ceux de personnages évoqués par Grégoire de Tours. Un certain Sigisvald, parent du roi Thierry, fut envoyé en Auvergne comme duc (520), son fils du même nom fut nommé à sa suite comme duc (533) par Théodebert et s’implanta durablement dans la région.

      Childéric II, 650-675, fils de Clovis II roi d’Austrasie (capitale Metz), agrandit son royaume avec une partie de l’Aquitaine dont l’Albigeois et une fraction de la Provence.

      A la mort de Didier, duc d’Albi, c’est un autre comte, au nom Franc, Austrovald, qui prend le titre ducal. Tous ces hommes ont été choisis dans l’entourage immédiat des rois Mérovingiens et placés à des postes stratégiques de commandement militaire. Il est donc très probable que Chramsicus, père de Sigolène, et ses fils, seraient issus de cette aristocratie Franque chargée de contrôler une zone sensible ; Albi est à la frontière de l’Austrasie et de la Neustrie. Leur lien avec le royaume d’Austrasie est indéniable. Quelques indices supplémentaires le confirment au VIII° s. des reliques de sainte Sigolène sont transférées à Metz, capitale de l’Austrasie, dans une église consacrée à la sainte. Un évêque de cette ville porte aussi le nom de Sigisvald et, pour couronner le tout, les Carolingiens, famille Austrasienne, intègrent dans leur généalogie la sainte Albigeoise.

 

6 - Le monastère de sainte Sigolène :

      La vie décrit de façon assez précise l’agencement des divers bâtiments du monastère fondé par sainte Sigolène.

      Le monastère est entouré d’une enceinte, ce qui autorise à penser que nous sommes en présence d’un monastère à laure, et possède un hospice et une hostellerie pour les pèlerins.

      Dans la civilisation qui est en train de remplacer la civilisation gallo-romaine, on voit définir la place de la femme dans la nouvelle société, place qui dans la civilisation romaine classique était inexistante. On voit apparaître une institution qui prendra une grande importance, même de nos jours, c’est l’hôpital. Le premier a été fondé par une femme chrétienne, Fabiola16. Il est normal en ce VII° s. que sainte Sigolène suive la même voie. Les routes de pèlerinages seront jalonnées d’hospices qui fourniront des abris et éventuellement des lieux où les pèlerins trouveront les soins appropriés à leur état physique.

      Deux autres lieux de culte figurent dans la vie : une église sous le vocable de la vierge Marie et un oratoire dédié à saint Martin. Sur le site de Troclar, plusieurs maisons excavées, conformes à la tradition germanique et, identiques aux bâtiments de la même époque découverts à Brébières dans le Pas de Calais ; Dieu - sur - Meuse, en Belgique et en Angleterre, pouvaient remplacer les cabanes en bois. Ces petits bâtiments confirment par leur architecture les origines Austrasiennes de sainte Sigolène. L’oratoire pourrait se rapporter au lieu d’inhumation de Sigolène qui paraît extérieur au monastère mais inclus dans le domaine de Troclar. Le silence règne sur ces lieux durant plusieurs siècles. L’existence du monastère est rappelée en 972.975 par le codicille de la comtesse de Rodez, mère de Guillaume Taillefer, comte de Toulouse, qui fait donation de certains biens au monastère de Sainte Sigolène à Lagrave. En 1060, les canons dressés au concile de Toulouse, que présida Hugues, abbé de Cluny et légat du pape Nicolas II, menacent les laïcs détenteurs de biens appartenant à l’église. Géraud Amélius et Vidiam Ermengaud, l’un seigneur des lieux, l’autre archidiacre à Albi se disant abbé de Troclar, remettent à l’abbaye de Saint Victor de Marseille : “ .... deux églises situées au comté d’Albi, en un lieu dit la Grave, dont l’une est celle où repose le corps de la bienheureuse Sigolène .... ”. Cette donation restitution semble affirmer l’extinction de la vie monastique sur le site, ce que paraît confirmer, en 1079, la bulle du pape Grégoire VII qui range le monastère de sainte Sigolène parmi ceux qui avaient tellement déchu de l’observance monastique que non seulement aucun office divin n’y était célébré régulièrement, mais encore passait pour presque entièrement détruit. Par la suite les bulles de confirmation désignent le prieuré par “ cella ”, bulle de Paschal II en 1113, puis “ ecclésia ”, bulles de d’Innocent II et Eugène III en 1135 et 1150.

     Il faut arriver en 1700 pour voir, au travers du rapport de la visite pastorale de Mgr Legoux de la Berchère, l’état de délabrement de l’église Sainte Sigolène. Le village s’étant déplacé et implanté autour du château, les habitants ont délaissé l’église Sainte Sigolène au profit de la chapelle Notre Dame située à proximité du nouveau village.

     L’église Sainte Sigolène en ruine fut transformée en carrière et servit, en partie, à transformer la chapelle N.D en église paroissiale.

 

7 - Le culte de sainte Sigolène :

    

a) En France.

      Le culte de sainte Sigolène a pris naissance à Troclar, actuellement commune de Lagrave (Tarn), où elle avait fondé un monastère dont elle fut la première abbesse. Il passa ensuite à Albi et, de là essaima dans le Limousin, la Corrèze, la Loire Inférieure, l’Auvergne, la Haute Loire, la Lorraine, l’Aisne, la Vienne,....

     En Corrèze, et plus précisément à Collonges, un chroniqueur Limousin, Geoffroy de Vigeois, fin XII° s., écrit : “ vers le IX° s. le chef de sainte Sigolène, abbesse du monastère de Troclar en  Albigeois, avait été porté à Collonges pour échapper à la fureur de Normands ”.

     Dans la Vienne, sainte Sigolène n’est fêtée que dans deux calendriers manuscrits de la cathédrale de Limoges. Dans le reste du Limousin, elle disparaît des calendriers à l’époque moderne.

     A Metz, une église sous le vocable de sainte Sigolène a été construite sur les vestiges de celle existant au VIII° s. Les preuves se trouvent dans une étude sur la liturgie de Metz effectuée en 1937 par Mgr Jean-Baptiste Pelt, évêque de Metz, docteur en théologie et en droit canonique. Le martyrologe de cette ville mentionnant sainte Sigolène est daté du VIII° s. La mention la plus ancienne d’une église Sainte Sigolène à Metz se rencontre dans un manuscrit n° 968 de la Bibliothèque Nationale de Paris ( découvert en 1927 par Théophile Clauser ; manuscrit remontant vers l’an 850). Dans ce document, deux pages du folio 153 livrent une liste de stations quadragésimales de l’église Messine au IX° s. Deux pages concernent directement sainte Sigolène : a) vendredi de la première semaine : réunion à Sainte Sigolène ; b) Dimanche des Rameaux, assemblée de grand matin à Sainte Sigolène.  Très belle église, elle possède des portes en bronze et les sculptures qui ornent le porche retracent la vie de sainte Sigolène. Dans son sous-sol, une magnifique crypte du IX° s.

      Dans le département du Tarn plusieurs communes ont ou ont possédé des églises sous le vocable de sainte Sigolène, certaines d’entre elles ont aujourd’hui disparu. C’est le cas sur les communes de Lasgraisses et de Missècle où, il y a peu de temps encore, une croix perpétuait son emplacement ( la croix  a été déplacée et mise en bordure du chemin). D’autres plus récentes, début XIX° s., sont sur les communes de Lagrave et Soual.

       A notre connaissance, seule la chapelle de Parisot dans le département du Tarn, datée du XII° s., et sous le vocable de sainte Sigolène, est la plus ancienne et, toujours en service, l’église paroissiale de Saint Jacques, construite au XIX° s., menaçant de s’écrouler.

 

b) Au Portugal :

       Le nom de sainte Sigolène (nous citons l’abbé Desprats, archiviste diocésain à Albi) n’apparaît dans aucun calendrier martyrologe ou livre liturgique si ce n’est comme titre de sainte patronne de la paroisse de Chaviaes sur le territoire de Melgaço.

      L’introduction et le développement du culte de sainte Sigolène à Chaviaes sont attribué à la présence d’un monastère situé à 5 kilomètres du village. Ce monastère fut d’abord bénédictin puis cistercien à partir de 1194.

      C’est en 1177 qu’apparaît pour la première fois, dans les documents connus, le nom de sainte Sigolène. Il s’agit d’un testament dans lequel Pédro Pirès donne au couvent de Fiaes son corps et la moitié de sa propriété située sous l’église sainte Sigolène à Chivaes. A cette époque,  l’ordre cistercien se greffe progressivement des éléments de regroupements monastiques ou les assimile dans une sorte de filiation et leur implantation en Albigeois est importante. Une simple comparaison des cartes positionnant les abbayes cisterciennes en Europe et singulièrement au Portugal au moment de la mort de saint Bernard, et la présence des cisterciens sur le territoire Albigeois peut donner, parmi d’autres, une explication au rayonnement du culte de sainte Sigolène à cette époque.

 

c) Commune de Sainte Sigolène en Haute Loire :

      Il n’est pas impossible que ce soit par le même cheminement que le culte de sainte Sigolène soit parvenu dans la commune de Sainte Sigolène en Haute Loire qui a pris son nom. Une seconde hypothèse suggère que ce soit des pèlerins au retour du pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle qui, ayant fait étape au monastère de Troclar, aient amené des reliques et fondé la paroisse. Tout aussi possible, le passage de la sainte se rendant à Metz.

 

8 - Les reliques :

      Au concile de Carthage, en 398, le canon XIV stipule : “ les églises en l’honneur des saints peuvent être élevées seulement dans les lieux où reposent leurs reliques et dans ceux où ils ont vécu, où ils ont souffert et encore dont ils ont été propriétaires ”. Ce canon a fait très longtemps droit, même à Rome.

     Les archives du diocèse d’Albi détiennent des authentiques qui mentionnent divers lieux où sont déposées des reliques de sainte Sigolène. A l’église collégiale Saint-Salvi d’Albi en 1194, à la cathédrale Sainte-Cécile d’Albi en 1204. Ils décrivent la beauté des reliquaires, reflets de la ferveur des fidèles pour sainte Sigolène.

   

      En l’an 1204, l’inventaire de l’évêque Guilhem Peyre, et en 1218, les authentiques signalent plusieurs reliques de sainte Sigolène à la cathédrale d’Albi. L’authentique de 1218, bien que non signé, mentionne qu’il a été rédigé sous le règne de Philippe Auguste et que Simon de Montfort, occupé au siège de Toulouse n’a pu être présent à la récognition.

      Le 27 septembre 1490, lors de la consécration de l’autel majeur de l’église Saint-Salvi à Albi, Louis d’Amboise, archevêque et seigneur d’Albi, mentionne : “ dans ce même autel nous avons enfermé les reliques suivantes :

       - bois de la sainte croix

      - les reliques de saint Amarand martyr, et de sainte Sigolène

             Inventaire par Antoine du Metge le 06 janvier 1725.

     - reliques de sainte Sigolène dans une des extrémités de la croix contenant des reliques de quatre évangélistes ; croix datée du XII° s.

     - dans un reliquaire de la vierge Marie, en forme de tête et de buste, fait en 1164, on trouve les reliques d’autres saints et saintes, en premier lieu de saint Salvi et de sainte Sigolène.

    - dans l’ancienne châsse de saint Salvi furent trouvées des reliques de saint Georges, martyr, et de sainte Sigolène. Sont-elles associées par hasard ou intentionnellement ? Saint Georges terrassa le démon et sainte Sigolène a effectué de nombreux exorcismes dans son monastère de Troclar.

     Elles ont été déposées à l’époque dans la châsse de saint Laurent. Dans l’ancienne châsse de ce saint furent découvertes d’autres reliques, à savoir : une grande partie du crâne de sainte Sigolène avec inscription, plus trois autres reliques de cette sainte (Sigolène) trouvées dans l’ancien autel majeur d’Albi lors de sa destruction en 1720. Reliques authentifiées par Mgr de Bigorre le 04 novembre 1505.

     En 1819, sur l’initiative de l’abbé Calmès, des reliques prélevées sur le corps de sainte Sigolène ( deux phalanges ) sont transférées de l’église Saint-Salvi en l’église Sainte Sigolène à Lagrave (Tarn).

 

9 - Les apports de l’archéologie :

     Evoquons succinctement17 :

     Si l’on ne peut avec certitude, et prenant pour référence les monnaies mises au jour, as d’Agrippa et bronze moyen de Constantin, prétendre que le site de Troclar était occupé par une population sédentaire gallo romaine de 14 à 324 après J.C, quelques tessons de céramique sigillée, des cubes de mosaïque confectionnés dans cette dernière le suggèrent, de même que des fragments de colonne en marbre et une amphore.

     Une nécropole à sarcophages trapézoïdaux s’est installée sur la terrasse surplombant la rivière, approximativement de 20 mètres.. La forme des sarcophages marque l’époque mérovingienne. Dans l’un d’eux, un fragment de fibule ansée marque le V° s., date la plus haute retenue pour les sarcophages.

     Le monastère, centre d’accueil, d’hébergement et de soins, créera par nécessité divers métiers artisanaux, forgeron, couturier, ect ... Les fouilles ont livré les outils correspondants.

    L’église décrite en 1700 a été mise au jour aux 2/3 dans ce qu’il reste des fondations. La crypte qui a abrité le corps de sainte Sigolène pendant plusieurs siècles, dont il n’est jamais fait mention dans les divers écrits2  ou dans la tradition orale, a été découverte sous le niveau du sol de circulation de la dernière église. La crypte, selon toute vraisemblance, a été détruite lors de la translation des reliques de sainte Sigolène à la cathédrale d’Albi ainsi qu’à l’église collégiale Saint-Salvi et de la construction d’un nouveau lieu de culte à Troclar. Sans pouvoir l’affirmer, les remaniements effectués sont datables de la prise de possession des biens du monastère par les moines de Saint-Victor de Marseille soit vers la fin du XI° s. ou, au maximum, au tout début du XII° s.

     L’extrême concentration des silos, réserves de vivres, 81 sur une surface de 1.400 m2 , ne peut être due qu’à la présence du monastère, qui, possédant hôtellerie et hospice, était un pôle d’attraction pour les pèlerins et les malades. La monnaie Byzantine de Basile I° (870-879) ainsi que le codicille de la comtesse de Rodez, Gersinde, mère du comte de Toulouse, Guillaume Taillefer, en 950 faisant don de terrains au monastère de Sainte-Sigolène, ne peuvent que confirmer son existence à cette période et le passage de pèlerins de retour de Jérusalem. Plus près de nous, le pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle est matérialisé par la présence de coquilles Saint-Jacques, d’un embout en fer de bâton de pèlerin et de diverses monnaies.

 

10 - Hypothèses sur la chronologie de l’existence du monastère de Troclar :

1-        Implantation de bâtiments gallo-romains (villa) et possibilité d’un lieu de culte païen ( des fondations destinées à recevoir une colonne sont situées sous le sol de la crypte de sainte Sigolène) .

2-    Mise en place d’une nécropole à sarcophages : époque Mérovingienne.

3-    Fondation d’un monastère par sainte Sigolène.

4-           Sédentarisation d’un peuple semi-nomade et création d’un embryon de village près du monastère.

5-    Prise de possession de Troclar, église et terrains par les moines de Saint-Victor de Marseille.

6-    Courte période d’abandon, fin du XII° début XIII° (datations au C14).

7-    Nouvelle occupation du site. Occupation réduite.

8-    Abandon progressif du site de Troclar par les laïcs au profit du village actuel de Lagrave. Le château offre une protection dans les temps troubles de la croisade contre les Albigeois.

9-                 Abandon du site par les moines, fin XIV° début XV°. Conséquence des guerres de religions ?

10-       Eglise Sainte-Sigolène délabrée ; rapport de la visite pastorale de Mgr Le Goux de la Berchère le 13 juin 1700.

11- Démolition de l’église Sainte-Sigolène, en ruine, en 1793. Elle servira de carrière pour restaurer la maison commune et agrandir la chapelle N.D, la transformant en église paroissiale. Eglise sous le double vocable de N.D et sainte Sigolène.

 

                                  M.Cl et P. CABOT                       

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Références et Notes

 

 

 

1.  DECE : empereur romain (249-251). Il se livra à la première persécution systématique des chrétiens dont fut victime, très vraisemblablement, saint Amarand.

2.    Seul l’acte de restitution des biens du monastère en 1062 mentionne : l’église où repose le corps de sainte Sigolène.

3.    MABILLON : bénédictin érudit Français (1632-1707). Il établit des collections de vies de saints fondées sur une recherche critique et fit progresser l’étude scientifique des documents médiévaux.

4.    Wilhem LEVISON : publia “ Sigoléna ” dans Neues Archiv ; édité par la société Monumenta Germanioe en 1909  T35, pp. 219 à 231.

5.    Hippolyte CROZES, “ Répertoire archéologique du département du Tarn ” Paris, Imp. Impériale 1865.

6.    Jean RIVIERE, professeur à la faculté de théologie de Strasbourg ; chanoine honoraire d’Albi et Strasbourg, publie “ Etudes d’hagiographie Albigeoise, la première vie de sainte Sigolène ” dans Albia Christiana, année 1915 pp. 401 à 425.

7.    Publié dans Albia Christiana,  année 1894 pp. 286 à 300.

8.    Publié dans “ Volk ” (Prague).

9.    Ebling HORST, “ Prosopographie des Mérovingiens, de Clotaire II -613- à Charles Martel -741-“  Munich 1974.

10.  “ Histoire des Francs ” T. V ; 39.

11.  “ Histoire de Francs ” T. VI ; 45.

12.  “ Sainte Sigolène à travers les légendes ” dans ‘Revue du Tarn’ 1987, n° 128 pp. 619 à 637.

13.  “ Le culte de sainte Sigolène ” dans ‘Revue du Tarn’, 1994, n° 152 pp. 581 à 590.

14.  “ Pouvoirs et Société en Pays Albigeois ” presses de l’Université des Sciences Sociales de Toulouse, 1997 pp. 82 à 87.

15.  Une “ laure ” était constituée par un groupe de cabanes en bois, rondes ou rectangulaires, isolées les unes des autres, à l’intérieur d’une enceinte (Voir : “ Catholicisme ” Letouzey et Ané. Paris T. VII-Col.38.

16.  FABIOLA : chrétienne romaine ( 399), fondatrice à Ostie du premier hôpital public.

17.  On trouvera d’utiles compléments en particulier dans “ Archéologie Tarnaise ” T. 8/9 pp.99 à 166. Et la publication du Centre Archéologique Médiéval du Languedoc T. 15/16, 1998.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bibliographie Archéologique du site de Troclar ( 1976 - 1998)

 

J. Lautier, M.Cl et P. Cabot : Découverte d’une habitation ancienne à Troclar. “ Gaillac et Pays Tarnais ”, actes du XXXI° congrès de la fédération des Soc. Acad. et Savantes Pyrénées, Languedoc, Gascogne (Gaillac 1976) Albi 1977 pp. 227 à 257.

 

J.Lautier, M.Cl et P.Cabot : Fouilles de Troclar V° - XIII° s. “ Revue du Tarn ” n° 146, 1992 pp. 197 à 207.

 

M.Cl et P. Cabot : Troclar Lagrave dans “ Hommage à Jean Lautier, Albi 1992, pp. 150 à 200.     

 

J.Lautier, M.CL et P.Cabot, “ Le Troclar de sainte Sigolène ” Albi 1992, 24 p.

 

N.Pousthomis-Dalle “ Ancienne église Sainte Sigolène de Troclar, commune de Lagrave Tarn ” D.F.S de sondages, octobre 1993.

 

N.Pousthomis-Dalle, état des recherches sur le site de Troclar, “ Pouvoirs et Société en pays Albigeois ”, actes du colloque universitaire d’Albi, 29-30 novembre 1996 ;  Toulouse 1997 pp. 91 à 105.

 

Groupe d’étude du Centre Archéologique Médiéval du Languedoc -Carcassonne- dans   “ Archéologie du Midi Médiéval ” T. 15/16, pp. 1 à 65. 1998.

 

D. Allios : Thèse nouveau régime sous la direction de MM. M. Berthe et S. Robert –Université de Toulouse Mirail – UFR Histoire des Arts et Archéologie. ( 5 volumes) 1997

 

M.Cl et P. Cabot : Sainte Sigolène fondatrice du monastère de Troclar. Plaquette de divulgation, 20 p. 1999.

 

M.Cl et P. Cabot : C.Dr, Troclar site du Haut Moyen Âge, 1999

 

M.Cl et P. Cabot : Sainte Sigolène, légendes et réalités. Revue du Tarn n° 176, pp 643 à 660. 2000

 

M.Cl et P. Cabot : C.Dr,  Du VII° au XIV° siècle le site de Troclar. La fouille – Le mobilier. 2001